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Le marché du pagne à Abidjan en 2015 (2)

Cet article s’inscrit dans la série sur « le marché du pagne à Abidjan en 2015.

A (re)lire Les gammes de pagne wax et autres en Côte d’Ivoire

Nous abordions dans le premier article les gammes de pagne sur le marché ivoirien, les marques ainsi que les lieux de vente. Poursuivons avec la confection de vêtements sur mesure.

En Afrique subsaharienne, la couture sur mesure est l’un des principaux moyens d’achat de vêtements neufs.

On se fait faire des vêtements sur mesure pour toutes sortes d’occasions: boulot, mariages, funérailles, soirées, anniversaires,…

Les matières utilisées varient selon ces occasions : de la crêpe de Chine à la mousseline en passant par le velours, le satin, le coton… artisans couturiers et stylistes maîtrisant plus ou moins les différentes matières.
Cependant, si une matière est maîtrisée par la quasi-totalité des couturiers en Afrique de l’Ouest, c’est bien le pagne wax. Et d’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, les vêtements en pagne ne s’acquièrent (presque) exclusivement que par fabrication sur mesure.

Le processus est à chaque fois le même : on achète son pagne puis on se rend chez son couturier/styliste pour le faire coudre. Et c’est là que commencent d’intenses réflexions pour trouver la bonne coupe. Bien sur, il arrive qu’on ait déjà un modèle en tête avant même d’acheter le pagne. Dans ces cas là, les choses sont plus aisées. Il suffit d’expliquer ou même mieux, de montrer une photo du modèle convoité au styliste/couturier.
Mais si on se retrouve dans la configuration (assez courante) de n’avoir aucun modèle précis en tête, 2 options s’offrent à nous :

  • se faire conseiller un modèle par les spécialistes : les stylistes regorgent d’idées et de talent. Ils savent (normalement) proposer de belles coupes pour mettre en valeur chaque client et exploiter au mieux les pagnes. Aussi, certains couturiers bien que n’ayant pas effectué d’études de stylisme sont en mesure d’élaborer des modèles et les proposer à leur clientèle
  • faire reproduire une tenue aperçue dans un magazine, une photo récupérée via Google, ou les réseaux sociaux ou même Pagnifik…

Nous profitons ici pour ouvrir deux parenthèses sur la reproduction de modèles.

1.

A Abidjan, et dans toute la Côte d’Ivoire d’ailleurs, la compagnie textile UNIWAX fait un travail remarquable dans la promotion du pagne. Chaque trimestre, UNIWAX édite un catalogue en collaboration avec les stylistes locaux pour mettre en avant ses nouveaux imprimés.
Ces catalogues constituent un outil de travail formidable pour les couturiers et les stylistes. Ils en ont systématiquement dans leurs boutiques, et quand un client arrive les voir avec du pagne, ils leur proposent ces catalogues pour avoir des idées de modèles à reproduire ou à adapter.

A (re)lire: les catalogues UNIWAX

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2.

La seconde parenthèse est un peu plus fâcheuse…Nous parlions plus haut de photos récupérées sur le net en vue d’en reproduire les modèles ! Et bien, c’est une tendance qui s’est accélérée avec les nombreuses pages sur Facebook qui postent des modèles en wax. Comme la plupart de ses pages ne prennent pas la peine d’indiquer la provenance de ces photos, les personnes qui les récupèrent les considèrent simplement comme des modèles qu’elles peuvent faire reproduire pour elles-mêmes. Ou alors, même quand les provenances sont indiquées, avec les adresses des marques auxquels les modèles appartiennent (comme c’est le cas sur Pagnifik), beaucoup préfèrent faire reproduire directement par leur « couturier du quartier » plutôt que d’acheter chez la marque ou le styliste.

C’est assez difficile d’en vouloir aux personnes qui agissent de la sorte. En Afrique, faire coudre ses tenues en pagne est la pratique « normale ». Internet est simplement considéré comme une source supplémentaire pour avoir des modèles, lorsqu’on avant, on se contentait de photos achetées au marché ou de magazines plus ou moins qualitatifs.

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A (re)lire: Afro-designers, pillage et plagiat sur le net

Fermons ces parenthèses et continuons !

Une fois le modèle choisi, il est de bon ton d’entamer ensuite les négociations pour fixer le prix de la couture. Parce que oui, le prix dépend de la difficulté de réalisation de la tenue et des éventuelles matières qui seront rajoutées au cours de la fabrication. Il faut savoir que les prix sont aussi fonction de la renommée du tailleur ou du styliste, du quartier où est situé son atelier et du « niveau de standing » qu’il apporte à ses créations.

Ainsi, à partir de 4000 F CFA, on peut avoir une tenue en pagne faite sur mesure chez un « tailleur du quartier ». La même tenue réalisée avec finesse et technicité par un « styliste » peut revenir à 20 000 F CFA. Les différences se situeront au niveau des finitions, de la qualité de la doublure utilisée et de la justesse de la coupe, quoiqu’il faut reconnaître qu’il y a des « couturiers de quartier » qui s’en sortent très bien et offrent des pièces sur mesure de grande qualité !

Le processus se finit par la prise des mesures et la fixation d’une date de rendez-vous pour les essayages.

Pour la petite anecdote, les couturiers en Afrique ont la réputation de ne pas être très rigoureux sur le respect des dates de rendez-vous! Et cette réputation n’est pas exagérée !!! Plusieurs d’entre vous qui nous lisez et qui vivez/avez vécu en Afrique avez certainement expérimenté un rendez-vous manqué chez le couturier. C’est tout cela qui fait le charme de la chose. Si vous êtes novices, pensez à réclamer un rendez-vous 1 à 2 jours avant la date où vous avez besoin de votre tenue. Ainsi, en cas de faux bond, vous aurez encore un peu de marge pour que votre tenue soit finalisée dans les délais.

Les couturiers à Abidjan travaillent dans des conditions parfois très modestes. Beaucoup sont autodidactes ou ont appris le métier auprès d’autres autodidactes expérimentés. Parmi ces autodidactes, certains font preuve de professionnalisme et se débrouillent avec le peu de moyens qu’ils ont pour toujours mieux satisfaire leur clientèle. D’autres par contre font preuve de peu de rigueur: des finitions inexistantes ou bâclées… tant que le client ne se plaint pas (trop)… C’est malheureusement cette tradition de travail approximatif qu’on peut retrouver chez certaines marques qui se lancent dans le prêt-à-porter.

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Les couturiers et stylistes sont nombreux à Abidjan et même dans toute la Côte d’Ivoire. Difficile d’avancer un chiffre, bien qu’il existe un syndicat qui les représente. Ce Syndicat National des Couturiers, Tailleurs Stylistes et Modélistes de Côte d’Ivoire est présidé par Miss Kouadio avec qui nous n’avons malheureusement pas pu échangé plus en détails sur l’organisation.
L’existence de ce syndicat est cependant la preuve d’une prise de conscience de la nécessité de structurer cette profession et de la doter des meilleurs outils possibles pour son développement.

pagnifik-couture-wax-sur-mesure1 Atelier de couture aux II Plateaux, route du Zoo

pagnifik-couture-wax-sur-mesure3 Atelier de couture à Akouédo

Note
Couturier, designer, styliste, créateur…que de termes pour désigner parfois la même profession dans le milieu de la mode. Essayons-nous à quelques clarifications.

Pour le Petit Robert, « le créateur est l’auteur d’une chose nouvelle : il est auteur, fondateur,inventeur, novateur, promoteur. »
Selon François BROCA, Directeur de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne : « Etre créateur de mode n’est pas un métier. C’est d’abord un label qui a identifié les premiers stylistes qui ont créé leur propre ligne (Lagerfeld, Gaultier, etc.). Ce terme est apparu lorsque des jeunes ont revendiqué leur liberté dans l’après mai 68. Un créateur de mode est quelqu’un qui arrive avec des propositions novatrices et personnelles. C’est un label. Un créateur est un styliste +++. Un vrai créateur de mode, c’est quelqu’un pour qui la mode est une vraie raison de vivre. »

Quand au styliste, pour le Petit Robert, c’est « celui ou celle qui a pour tâche d’adapter un style d’habillement (choix des tissus, forme des vêtements) à un marché. Le styliste n’invente pas. Il conseille, il sélectionne, il coordonne. ».

Il faut préciser qu’un styliste n’est pas un simple créateur; il doit s’inscrire dans l’histoire de la mode, avoir une connaissance des tissus et des matières, travailler avec les modélistes, les chefs de produits, l’équipe marketing, contribuer au merchandising et à la promotion.

Et le couturier alors ? En Afrique francophone, c’est le cas en Côte d’Ivoire tout du moins, le couturier désigne la personne qui coud des vêtements sur mesure. On l’appelle aussi le tailleur. Sans qu’il n’ait de formation technique sur le stylisme ou les textile, les principales tâches du couturier sont la confection, la retouche ou l’ajustement de vêtements.

Source : Etude comparative sur les écoles de création en France et à l’étranger

Un commentaire

  1. J’ai une boutique des habts « Ell’Elegance » et je voudrai vendre les pret a porte fait de wax. Comment pourai je commander une grande quantite?
    Nerci
    AM

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